Les États Généraux de l’Alimentation : un sujet d’actualité

L’alimentation est au cœur du débat public depuis l’été 2017, avec le lancement des Etats Généraux de l’Alimentation : quels en sont les axes et les modalités de participation ? Y a-t-il de véritables espaces de concertation ? Que peut-on en espérer dans le contexte politique actuel ?


Les Etats Généraux de l’Alimentation : objectifs et acteurs associés

Les Etats Généraux de l’Alimentation (EGA) ont été annoncés en juin 2017 par Emmanuel Macron, puis lancés le 20 juillet dernier. Les objectifs annoncés sont les suivants :

- Permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes

- Relancer la création de valeur et en assurer l’équitable répartition

- Accompagner la transformation des modèles de production pour mieux répondre aux attentes des consommateurs

- Promouvoir les choix de consommation privilégiant une alimentation saine, sûre et durable.


Voici les acteurs associés à la réflexion: le monde agricole et de la pêche, l’industrie agroalimentaire, la distribution, les consommateurs, la restauration collective, les élus, les partenaires sociaux et de santé, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, les ONG, les associations caritatives et d’aide alimentaire, les banques, et les assurances, et les consommateurs. Ensemble, ils ont pour but de mener une réflexion sur le monde agricole d’aujourd’hui afin de le préparer à demain.

Les EGA s’articulent autour de deux principaux axes : « création et répartition de la valeur », et « alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous ».


Consultation publique

De manière générale, la consultation publique citoyenne vise à articuler les rapports entre l’Etat et la société civile. Elle permet en théorie d’aider à la décision politique, car les citoyens sont plus proches des réalités que les décisionnaires ; ils activent les débats à toutes les échelles sociales. Sur le site internet des EGA, la concertation citoyenne s’exerce sur de nombreux points qui découlent des deux grandes thématiques énoncées plus tôt (valeur et alimentation). Il est possible de faire des propositions, de voter, d’argumenter, au sein de chaque interrogation. Par exemple, sous la question « comment accompagner la transformation de notre agriculture ? », on trouve la proposition « Plat du jour 100% local ». Il y a 27 votes dont 24 positifs. Chacun peut proposer, apporter, voter. A votre tour d’être acteur/actrice ? Vous n’avez que quelques jours pour intervenir !


La Plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire

Dans ce contexte, la plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire s’est créée, grâce à la réunion d’une cinquantaine d’organisations de divers secteurs : agriculture (Exemple : Confédération Paysanne), environnement (Ex : Greenpeace France), santé (Ex : Association française des Diététiciens Nutritionnistes), solidarité (Ex : Action Contre la Faim), familles (Ex : Générations futures), etc. La coalition a dévoilé le 22 septembre 2017 une liste de 63 propositions concrètes articulées autour de 7 grandes mesures, qui permettraient une évolution agricole et alimentaire durable et égalitaire. La plateforme attend des EGA des changements effectifs sur l’alimentation et le monde agricole, créant des emplois, protégeant la santé et préservant l’environnement en France comme partout à l’étranger. Les propositions s’appuient sur des initiatives locales existantes et performantes, ainsi que sur l’expertise croisée de l’ensemble des participants.

Par exemple, dans la mesure « Pour une démocratie alimentaire et pour une transparence renforcée au service de la diversité agricole et alimentaire en France et à l’étranger », on trouve la proposition suivante : « Lancer un plan de soutien aux actions d’éducation à la consommation citoyenne et durable : adopter un programme national nutrition santé (PNNS) ambitieux et budgété ».


Réactions et avancées

Le 10 octobre dernier, les associations et fédérations de la « plateforme citoyenne pour une transition agricole alimentaire » ont exprimé leur déception et leur peur de l’échec du processus. En effet, ils ont le sentiment de « faire parfois de la figuration » dans les débats, il est compliqué pour eux de se faire entendre. Ils redoutent un « échec » et souhaitent pour éviter cela être mieux intégrés, et exigent une « orientation claire » du gouvernement : il doit reconnaître que tous les modèles agricoles ne se valent pas, et qu’une transition agroécologique est nécessaire, grâce à une mise en cohérence des politiques publiques concernant l’agriculture, l’alimentation, l’environnement, la santé et les échanges commerciaux... Le président Macron a donc fait ses premières annonces suite au lancement des EGA le mercredi 11 octobre dernier : En résumé, les producteurs ne devraient plus vendre à perte, et ils devront s’organiser par filière pour peser face aux distributeurs et aux intermédiaires. La Confédération Paysanne (tout comme la FNSEA et la Coordination Rurale) a annoncé être « satisfaite » mais attend également des « clarifications » pour la suite : quelles seront les mesures concrètes ?

Notre association œuvre depuis plusieurs années tant sur le plan de l’éducation alimentaire que sur la reterritorialisation des filières alimentaires. Comme pour beaucoup d’associations travaillant à l’échelle locale, le contexte ne nous est pas favorable : récent changement d’échelle régionale, réforme des collectivités, remise en cause des contrats aidés. La baisse des fonds publics conduit bien sûr, à la réduction quantitative des moyens redistribués, mais aussi à une progressive différenciation des projets soutenus : en effet, la tendance actuelle est que seuls les plus gros projets pourront bénéficier de soutien.

Pouvons-nous espérer que les EGA serviront de levier à une politique alimentaire réellement plus forte, et qui soutiendra les acteurs de terrain dont nous faisons partie ? La question est posée, et sa réponse conditionne la suite d’un maillage d’actions qui s’efforcent d’œuvrer pour une transition alimentaire, favorable à la santé, à l’environnement et à l’équité sociale.



Pour aller plus loin

Le site des Etats Généraux de l’Alimentation, où vous pouvez en apprendre plus et surtout intervenir : cliquez ici


Les déclarations de Mr Macron du 11/10/2017 : cliquez ici


Les priorités de la plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire : cliquez ici


Article de Greenpeace sur les EGA : cliquez ici


Un article sur la concertation publique : Rachel Laforest « La consultation publique et les formes d’action collective. » Politique et Sociétés 191 (2000) : 27-47. <URL>

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