Changements sociétaux

L’évolution du projet associatif, axé à son redémarrage en 2010 sur l’alimentation durable a cheminé et a ouvert un autre volet, celui des changements systémiques.

En effet, l’alimentation est multi-facettes  tant sur le plan collectif qu’individuel. Ce domaine est donc très inspirant et permet d’ouvrir notre rapport au changement sous un angle essentiel : celui d’une approche systémique.

 

Que constatons-nous ?

 

Le processus par lequel l’être humain nourrit son corps, à partir d’aliments, renvoie à son rapport avec le vivant, des autres règnes, principalement animal et végétal.  Ce rapport au vivant est  conditionné par toute son histoire individuelle psychologique, affective, culturelle. Il s’inscrit aussi dans son rapport à l’écosystème dans lequel il vit.

Il ne s’agit pas d’être caricatural mais de repérer des situations différentes, de les situer sur un axe que l’on pourrait qualifier de « niveau de contact avec le vivant ».

Certaines personnes sont  proches de la nature, sensibles à accéder à des aliments jardinés, ou cultivés en respectant l’environnement à proximité de chez eux.

D’autres sont  éloignées de la nature de part leurs conditions de vies.

D’autres encore sont soumis par des contraintes fortes économiques, professionnelles, familiales, et n’ont pas l’espace disponible pour investir leur alimentation : il y aura alors une rupture dans leur rapport au vivant, ils délégueront à l’extérieur, leur alimentation, en ayant recours à la  restauration rapide, aux aliments transformés.

Ces contraintes peuvent aller jusqu’à une situation de survie, avec recours à l’aide alimentaire.

Notre rapport à l’écosystème est en général compris sous l’angle de sa dimension écologique, mais nous pouvons proposer d’y inclure la dimension économique, qui, on le voit, conditionne beaucoup le rapport effectif à l’alimentation.

 

Quel changement souhaiter ?

 

Individuel

Il est possible de travailler au renforcement interne de son microsytème, à son rapport au corps, à sa santé au sens large, à sa reconnexion aux processus vivants, dont la nature, qui est une ressource gratuite. En quelque sorte, il s’agit de retrouver la vitalité de son ecosystème individuel, et une voie pertinente pour cela est la naturopathie, avec ses trois piliers, l’alimentation, l’hygiène de vie et la bonne santé psychique. A ce sujet, nous développons des conférences.

Cela ne se vit pas cependant dans un bocal, mais induit une articulation avec le contexte de chacun, qu’il devra investir pour trouver une cohérence entre son rééquilibrage personnel et les possibles ressources qui l’aideront : alimentaires (quels achats ? Dans quelle filière?) , environnementales  (quelle place du ressourcement dans la nature) ou relationnelles (quelles propositions locales en matière de pratiques corporelles, ou de démarche psychothérapeutique)

 

Collectif

Notre modèle de société marqué par une primauté de l’individu et sur des logiques de répartition de pouvoir dominant/dominé a atrophié nos capacités de fonctionner en groupe de manière constructive, nourrissante. La famille puis l’école sont les premières expériences de groupe social, et elles ne favorisent pas, en général, l’acquisition de compétences relationnelles permettant une équité dans les espaces de chacun, les prises de décisions démocratiques, et le ressenti de ressourcement dans le groupe. Pourtant, c’est une dimension essentielle de l’humain. Or  la réalité actuelle induite par les logiques socio-économiques et d’éducation,  a malmené cette richesse intrinsèque à l’espèce humaine : sa capacité relationnelle et son recours à une dimension communautaire soutenante. Le modèle associatif permet d’expérimenter un collectif groupal et les dix ans d’expériences du projet de notre association, nous a conduit à donner une place importante à cet aspect. Le « casting »  à l’œuvre au sein d’une gouvernance associative est en effet une condition sin equanone à la conduite d’actions, de projets,  pouvant avoir du sens dans leur réalisation et dans leur éthique collective. Un casting est une image pour se représenter que chacun a une personnalité, un rôle, et que la réussite de l’histoire collective d’une association dépend d’une alchimie à laquelle chacun contribue, qui est facilitée par les affinités, les synergies positives entre les personnes, leurs capacités relationnelles, leurs compétences, et la manière dont le groupe est animé ou auto-animé : en d’autres termes, ce qu’on appelle l’intelligence collective.

Il existe différents outils et méthodes en la matière.

Au sein d’ETS, nous y avons développé spécifiquement un : les groupes de paroles, qui permettent d’expérimenter l’écoute mutuelle bienveillante et la ressource groupale.

 

Local

Il est maintenant conscient pour beaucoup de personnes que notre système alimentaire est mondialisé et il est facile de se représenter qu’il inclut des systèmes à différentes échelles en poupées russes. Il est très complexe et impossible à l’échelle individuelle, d’avoir un effet sur cela tant les rouages sont puissants et mus par des logiques privées, capitalistiques.

En revanche, il est possible d’élaborer des stratégies à une échelle plus réduite, celle d’un territoire déterminé. La crise actuelle a pointé les risques de notre passivité face à cette hydre alimentaire mondialisée.

Il existe un niveau national ou supranational, avec des négociations relatives aux filières agricoles et alimentaires, relevant de l’économie de marché. Il est utile d’en connaître les éléments qui surdéterminent les réalités des territoires à des échelles infranationales.

Le niveau qui nous intéresse en France, dans cette prise en compte d’une échelle locale pertinente pour agir de manière systémique, est celui des collectivités locales.

L’arrivée dans les politiques publiques d’un nouveau concept, le Projet Alimentaire Territorial, en 2014, a été révélatrice de cela. 5 ans plus tard, on constate que 90 % des entités qui s’en sont saisi sont des collectivités locales.

Un PAT est un dispositif innovant, qui propose une approche alimentaire systémique, à la fois dans son caractère multidisciplinaire (liens avec agriculture,  santé, environnement, équité sociale, climat) et dans sa prise en compte de la diversité des acteurs impliqués. L’intention est une implication de l’échelle locale, sur ce thème alimentaire.

Or  les collectivités n’ont pas de compétences alimentaires qui  n’existent, dans le cadre institutionnel qu’à l’échelle nationale au sein du Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Elles n’ont pas de moyens dédiés pour cela et le dispositif PAT n’a rien d’obligatoire à la différence d’autres dispositifs comme le Plan Climat.

La complexité de la démarche et la nécessité d’autofinancement par les collectivités sont des freins à une démarche collective à cette échelle. Pour autant, on peut considérer que toutes les collectivités qui ont mis le pied à l’étrier de cette démarche, préparent le futur. On connaît aujourd’hui la grande fragilité du système alimentaire mondialisé en cas de crise. On sait que les logiques de proximité sont à l’œuvre quand les problèmes sont tellement complexes que la prise en charge extérieure des populations n’est plus possibles via des appareils d’état, de façon suffisante. Que se passe-t-il alors ? La résilience alimentaire des territoires devient une clé de survie, et l’on peut espérer que l’existence de PAT permettra une meilleure réactivité : la question alimentaire a été abordée, partagée par différents acteurs, dans le meilleur des cas, un réseau local s’est constitué, même de façon informelle et ce terreau est favorable à une mobilisation plus efficace des ressources locales : humaines,  professionnelles, productives, associatives, privées.

Notre association propose un accompagnement des collectivités des Hauts de France dans la mise en œuvre de leur PAT, en lien avec le CERDD

Plus d’information ici.

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